AESH : Le Sénat, idiot utile d'une mascarade politique ?
- 10 janv.
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L'indignation est générale après le refus du Sénat de créer un corps de fonctionnaires pour les AESH. Mais l'émotion ne doit pas occulter l'analyse. Car en déposant une proposition de loi vouée à l'échec, le groupe socialiste a moins cherché à résoudre la précarité qu'à tendre un piège politique.
Le résultat ? Un grand coup de com' pour l'opposition, et une déception cruelle organisée pour les agents.

Proposer aujourd'hui ce que l'on a refusé hier relève de l'imposture. Sous la présidence Hollande (PS), le gouvernement avait explicitement écarté la création d'un corps de fonctionnaires, arguant de la nécessaire "souplesse de gestion". Déposer sciemment un texte contraire à sa propre doctrine passée, en sachant qu'il sera rejeté ne sert de tout temps qu'un seul but : forcer l'adversaire à endosser le rôle du "bourreau".
Réclamer la titularisation sèche des AESH de cette façon, c'était clairement ignorer que la précarité est un problème endémique. La fonction publique compte aujourd'hui près de 1,3 million d'agents contractuels. Comment accepter de dire OUI aux uns et NON aux autres ! et tous, de gauche comme de droite en sont conscient !
Mais le verrou absolu vient du mythe de l'emploi permanent. Le statut de fonctionnaire garantit l'emploi à vie sur un poste pérenne. Or, la mission d'AESH est par nature temporaire, fluctuante et précaire. L'État est incapable d'accorder un statut inamovible pour un besoin qui s'arrête quand l'élève déménage, grandi, ou quitte le cursus.
La problématique profonde ne vient pas du statut mais du fonctionnement même des AESH, emploi conçu dès le départ comme une fonction temporaire, jetable... Il existe pourtant des leviers techniques pour sécuriser ces emplois sans révolution constitutionnelle. par exemple, n'est-il pas aberrant qu'un AESH doive s'arrêter à la porte du réfectoire (changement d'employeur État/Mairie) ? Un "contrat de continuité" ou "mixte" permettrait pourtant de financer des heures en plus.
Mais le rôle doit surtout muter pour ne plus être précaire. Au-delà de l'accompagnement, l'AESH doit devenir un technicien de l'accessibilité (matériel, lien familles, sensibilisation). Ces missions justifieraient un temps plein réel et ancré territorialement, sortant les agents de la trappe à précarité.
Enfin, attention à nos stratégies de revendications. Le corporatisme est un piège mortel. Réclamer un statut d'exception que 1,3 million de précaires n'ont pas, c'est creuser un fossé avec le reste de la population active. En nous isolant dans des revendications sectorielles, nous perdons la solidarité des autres travailleurs. Or, sans ce soutien populaire large, nous devenons vulnérables. Un groupe social isolé est une proie facile pour des politiques régressives, car personne ne se lèvera pour le défendre.
La précarité des AESH est un fait indéniable. Mais cela mérite mieux qu'une loi d'affichage conçue pour être rejetée.







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